La télévision du Pouvoir
Euphorie à la naissance d’une télévision de Comores, il n’y a pas si longtemps. Projet même qui remonte loin dans le temps ! On en parlait déjà du temps de feu Président Papa Djo pour soutenir cette idée de démocratie qui fait toujours courir le peuple comorien.
Mais, dans quel environnement aujourd’hui s’est réalisé un projet ? C’est bien la grande question qui contracte un certain nombre de gens. Il semble que les comoriens attendaient avec impatience son arrivée. Il est même certain que bon nombre ne s’attendaient pas à une exception comorienne à la règle ; ladite télévision ne pouvant être à leurs yeux autre que ce qu’elle est depuis sa parvenue dans le paysage médiatique comorien, et à l’image d’un pouvoir. Une télévision publique est, plus ou moins, un pouvoir du pouvoir en place.
Mais les Comores, pays contraint à beaucoup de changements indispensables pour son développement rêvait d’une autre télévision. L’extérieur et l’intérieur des Comores croyaient à l’arrivée d’une télévision échappant à l’absolue appropriation par le pouvoir, quel qu’il soit. Une télévision plutôt école populaire.
Malheureusement, d’une certaine façon, la télévision comorienne est venue principalement tuer toute idée de pluralisme des vues sur une société comme sur la chose publique associée.
La production télévisuelle de Comores, toujours pauvre et monotone et l’orientation clairement dictée et affichée par contenus et images, confortent l’idée que des téléspectateurs en ont déjà : La TNC n’est qu’un instrument d’étouffement des intelligences, de la pensée inique, d’acculturation sociale et de la vénération des personnalités pour le moins singulières.
Loin d’être un instrument efficace d’éducation populaire de notre temps pour la progression, dans un pays où la mise en condition des citoyens longtemps dans l’obscurité est une étape première pour la réussite de tout projet social sincère, TNC incarne d’entrée la régression sociale, quoi que l’on véhicule ici et là. Journalistes et techniciens sont mis à contribution, et rares sont ceux qui résistent timidement au nom de la liberté de la profession, liberté chère à une congrégation du métier.
Toute nouveauté est bien sûr extraordinaire et certains de ces compatriotes expatriés sont pompeusement enivrés sans retenue, par des images non peaufinées, dites de l’expression culturelle et livrées n’importe comment, aussi dites d’une société comorienne qui a du mal pourtant à se reconnaître à travers elles et parce que très artificielles.
Peut-on considérer dans ces conditions que la télévision comorienne, telle qu’elle s’est engagée et forcée pour la cause politique du moment par l’homme de l’instant et, à la place qu’il faut, l’a-t-il dit le Président Sambi, est venue accompagner les comoriens dans leur périple à la recherche d’une issue à leurs problèmes ?
Qu’en pensent des investisseurs qui, l’a-t-on laissé entendre, ont misé pour qu’un projet leurs soit rentable ?
Espérons mieux, par un professionnalisme libre, et dans un proche à venir pour que le rôle attendu de la télévision comorienne puisse être remarqué. Et ce sera aussi la liberté d’un média public, aujourd’hui zone de non droits pour d’autres opinions comoriennes qui ne sont pas de la pensée inique.