La question de Mayotte, de plus en plus au cœur du débat actuel
Question multiforme et qui se complique toujours davantage à mesure que le temps passe. Elle incommode beaucoup par les conséquences de l’absence de réponses du juste milieu. En même temps, elle oblige à un questionnement.
Peut-on réparer les dégâts de tous ordres résultant des faits des femmes et des hommes ou doit-on essayer d’atténuer le poids de leur mauvaise histoire et au nom de la paix pour tous ?
Ainsi formulée la question, j’ai pris déjà position. La mauvaise histoire n’est pas la mienne mais je l’assume parce qu’héritier de tous bords d’une conflagration qui n’est ni de l’honneur ni de l’expression d’un haut degré de la pensée des hommes. Ceci de moi laisse sous-entendre aussi une certaine négativité de mon jugement vis-à-vis d’un international institutionnalisé.
La règle qui a cours, et je crois même que l’atmosphère internationale depuis un temps ne me contredira pas, c’est bel et bien l’auto-entente pour ceux qui sont en conflit.
Mais là aussi, pour être de l’auto-entente enfin dans l’Archipel des comores spécifiquement, il faut avoir une prédisposition naturelle ou acquise de voir en même temps la vie à soi et celle des autres; sinon avoir à l’esprit la règle de base du conducteur de véhicule, usager d’une route commune sur laquelle, il peut croiser des congénères avec les mêmes engins. Au croisement donc, la règle légale de priorité s’impose à tous et c’est bien le principe ; mais, il arrive parfois qu’il la cède, dans l’unique but de se préserver du danger, à celui qui manifeste une ferme volonté de s’atteler à la transgression pour assouvir une forte envie d’extase, qui peut avoir des conséquences à la fois heureuses et antithétiques.
Ceci étant, à qui profite le statu quo ; statu quo particulièrement marqué par la cohorte de maux ?
Pris sous l’angle de la nationalité française, le problème de Mayotte politique vis-à-vis des autres îles de l’Archipel ne paraît pas reposer sur du solide. On dénombre tout aussi des comoriens d’origine, qui ont opté pour cette nationalité et de ce fait, parlent, agissent au nom de la France.
Des franco-comoriens pour ne parler que d’eux de la double nationalité, inclus leurs descendants aussi français que leurs géniteurs (…), rien qu’en France métropole, ils sont environ 200 000, selon les statistiques de l’année 2009 du Ministère des affaires étrangères de l’Union des Comores. Certains de ces franco-comoriens servent en effet la République française, à presque tous les niveaux ; d’autres s’illustrent dans le privé. Ils payent leurs impôts qui ne vont évidemment pas dans les caisses de l’Etat comorien mais, bien dans celles de l’Etat français. Ils les payent pareillement aux Comores, notamment les franco-grands comoriens, en soutenant les actions de développement des localités, en aidant à maintenir des conditions de vie digne pour les habitants et à travers une solidarité qui les caractérise.
En clair, les franco-comoriens sont des citoyens français qui contribuent sous diverses formes prévues par la loi de la République française pour qu’il y ait sécurité, écoles, hôpitaux, routes … et qui, comme d’autres de cette France métropole, permettent par leurs contributions à l’Etat français de venir au chevet des nécessiteux de ses territoires lointains.
En étant donc du terre-à-terre, il se peut que nos raisons le seront, elles aussi, et qu’un enseignement reçu par un de mes illustres professeurs M. Said Kaïm de Ntsaoueni, il y a déjà bon nombre d’années, aura plénitude de sens en fait, et au sein d’un Archipel.
Oui, son enseignement trouve justification, en tout état de cause et il l’a bien transmis à qui a bien voulu entendre et comprendre quelque chose de l’espace terre dominé par les hommes : « nul n’est indépendant, même s’il le croit». Un peu prophétique, pourrait-on être tenté de dire bien qu’émanant d’un scientifique ! C’était en 1978 et dans contexte particulier pour un archipel. Aujourd’hui dans un autre contexte, mondial cette fois, de refonte d’un monde par groupements d’entités d’intérêts communs ou simplement de survie, la thèse pèse de tout son poids de sens. Passons…
Mais, ça pleure ici parce que le fils ou la fille venant d’Anjouan par Kwassa a rendu son âme en mer ; un cousin ou une cousine ; une petite fille ou un petit fils ; un père ou une mère… Des parents refoulés pour ne pas dire reconduits et là encore des proches (français de Mayotte !) font de la situation des enfants laissés derrière par des parents la leur. Ils s’en occupent avec des sentiments presque parentaux comme s’ils sont les leurs et parfois au prix de peine face aux méandres de la machine administrative, en vue de se voir attribuer officiellement une autorité parentale sur eux.
Tout de même, des contradictions difficilement discernables de l’autorité comorienne aussi, dont le sens échappe à la logique de l’intellect.
D’un côté, on exige un visa de sortie du territoire des Comores à Moroni (Grande Comore) pour aller à Dzaoudzi (Mayotte) et de l’autre on fait de Domoni et d’autres coins (Anjouan) des ports passoires de départs, aux risques et périls de ceux et celles dont le sort nous interpelle régulièrement et nous conduit à nous émouvoir d’une manière hypocrite, à Mayotte comme ailleurs.
Dans l’insensée des situations, on serait même tenté de sommer les autorités de l’île autonome d’Anjouan, en l’absence d’une voix officielle unioniste aidant à la solution par voies appropriées, de se saisir d’une situation dramatique enfin, pour réfuter tout éventuel soupçon de culpabilité passive d’ailleurs.
Ainsi, peut-être que le processus politique de résolution d’un grand problème se dessinerait par contrainte anjouanaise à une autorité de l’union pour faire quelque chose ; en l’absence de quoi l’autorité de l’île autonome d’Anjouan serait en droit d’agir par substitution et pourquoi pas par humanité. Agir politiquement bien sûr.
Mais, sommes-nous sincères et véritablement sensibles à des drames humains récurrents, par-dessus nombrilisme et droit ?
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