Des lettres présidentielles de missions aux Ministres comoriens
La démarche du Président Ikililou est bien nouvelle aux Comores. Mais, qui dit démarche nouvelle ne veut pas dire forcement gage de résultats positifs, très attendus à l'heure par les comoriens et les comoriennes. D'autant plus que l'on ne s'attendait pas à de la méthodologie de gouvernance par notifications publiques, faites aux acteurs nommés d'un gouvernement. En son sein, cela pouvait se concevoir avec toute la collaboration et interactions naturelles et qu'aux rendez-vous périodiques officiels avec un peuple, les objectifs atteints et les non atteints lui soient rappelés pour mémoire et pour nécessité de mesure désormais.
En apparence donc, ceci comme recette de gouvernement a une silhouette de gérance de firme que d'un Etat. Il n'y manque qu'une notion de chiffre d'affaire à atteindre. Et pourtant, chez des futés et avertis, en matière de gouvernance d'un Etat, il y a certes des objectifs mais pas de la même nature que ceux du privé chiffrables principalement. En Etat gouverné, il y a plus de coactions dans la cohérence et dans une dynamique d'ensemble susceptible d'aléas.
Une telle attitude alors, sinon entrée d'un nouveau pouvoir confirme bien un pré-sentiment déjà exprimé : Une tentative de dernière heure de rattrapage, par collecte de fragments d'idées pour un livret-programme tardif de gouvernement. Les circonstances sociétales, ignorées par le précédent pouvoir, qui ont conduit au nouveau contexte mondial dans lequel nous y sommes pleinement, y ont contribué pour un traumatisme de la prétention. Entre rêve en effet et réalité, il y a parfois quelque chose comme la thèse et l'antithèse.
Et même ; le Président Ikililou n'a-t-il pas eu suffisamment le temps de la préparation à une gouvernance par gouvernement au sens du droit constitutionnel ; quelque chose qui aurait pu connoté une reconnaissance vis à vis de ceux qui ont pensé "suffrage universel" au moins ? Ah que oui ! Le temps en salle d'attente était long, souvenez-vous ; ça a même valu des nitescences sur ceux qui ont osé dire anormal le fait qu'il y ait eu une loi autre que celle d'Allah au dessus de l'expression du peuple.
En réalité, il y a, pour mille raisons connues des comoriens aujourd'hui, un pouvoir exécutif tricéphale. Il faut reconnaître une chose au moins, chose d'ailleurs promise au peuple par les acteurs du précédent pouvoir. C'est bien de la continuité politique par personnages de titres, affichés et de l'exécution. Bref.
Instrument d'usage dans le privé et dans certaines divisions plutôt administratives que politiques, agissant pour le compte de la grande puissance publique vue à travers l'Etat que par celui-ci même dans son champ politique, la lettre de mission présidentielle à un Ministre en dit long sur la distanciation, d'un point de vue politique, entre un Président et son Ministre.
Il est donc bien possible que les prochains mois éclairent les comoriens sur ce dont ils ignorent encore : la contractualisation de la qualité de Ministre et ses conséquences plausibles parmi lesquelles une instabilité gouvernementale, des incohérences dans les actions et encore des crises de l'ensemble des pouvoirs.
En attendant, espérons le contraire et que ce soit ivembeni-connexion-club qui, pensant ainsi se trompe. Ce sera alors un avantage pour les populations comoriennes et, tant mieux.